La tour inaccessible
21/11/14
Le piège se referme quand vient la gloire.
Tous les jours il traversait la cour sous le regard moqueur de cet arbre immense.
Autant qu’il se souvienne, il l’avait toujours connu là, majestueux, surplombant les toits des maisons.
Il jouait autour de son tronc droit, il caressait son écorce rugueuse.
Bien sur, il bénéficiait de son ombre protectrice.
Mais un jour le regard indifférent se transforma en lueur de défi.
Les yeux vers le ciel, il contemplait le coeur des branches insolent et inaccessible. En descendant le regard, il ne nota qu’une seul pousse à environ 3m du sol.
La partie n’allait pas être facile.
Enfin il atteint la taille minimum requise pour attraper la première branche. Trop fier, trop content sans se soucier du lendemain, il commença l’ascension.
Tenant l’arbre à bras le corps, un pied sur la branche, il accrocha du bout des doigts la prise suivante.
Puis, à la force des bras, et malgré que le tronc s’élargissait au niveau de sa tête, l’escalade prit fin.
Ah la gloire ! la satisfaction intense ! Il dominait enfin son petit univers ; la vue panoramique le ravissait.
Cependant des considérations plus matérielles le ramenèrent à la réalité : comment redescendre ?
De son observatoire en surplomb, il ne distinguait même pas un mètre sous lui.
Il aurait fallu qu’il se suspende à l’aveugle le long du tronc en espérant trouver un appui du pied et ce sans possibilité de retour.
Il se rendit à l’évidence : il était piégé en haut de sa tour solitaire.
Le ravissement fut remplacé par l’angoisse puis par la résignation car la seule issue envisageable était de se rabaisser à demander de l’aide extérieure.
Contrairement à d’autre qui aurait attraper un papillon pour lui chuchoter d’aller chercher ses amis les Grands Aigles, la bienfaitrice fut une échelle amenée par son père dont le regard courroucé apporta la honte à notre héros déchu.